À retenir:

Sur une population de 15 patientes enceintes avec atteinte COVID-19 légère,

  • les signes cliniques, biologiques et scanographiques sont similaires à la population générale infectée;
  • aucune infection à SARS-Cov 2 n’a été identifiée chez les nouveau-nés;
  • la dose d’irradiation du scanner, si nécessaire, est faible;
  • la grossesse et l’accouchement n’ont pas aggravé la sévérité de l’atteinte pulmonaire à COVID-19;
  • en raison des risques de toxicité fœtale, les antiviraux n’ont pas été utilisés pendant la grossesse.
  • Les services de radiologie de Wuhan ont été les premiers à être confrontés aux aspects radiologiques des atteintes pulmonaires à COVID-19.
  • Dans une mégalopole de 11 millions d’habitants, des femmes enceintes ont présenté la maladie.
  • La maladie étant déclarée pandémie mondiale le 11 mars 2020 par l’OMS, des femmes enceintes, des familles et les gynécologues du monde entier se posent des questions sur une pathologie émergente dont on apprend de nouvelles caractéristiques tous les jours.
  • Cette étude, publiée dans AJR, American Journal of Roentgenlogy, analyse les données cliniques et scanographiques de 15 femmes enceintes consécutives.
  • Les tests de laboratoires, les traitements testés et le devenir clinique des patientes et des nouveaux-nés ont été colligés.
  • Les femmes enceintes COVID-19 positives ont été adressées et suivies dans des hôpitaux dédiés aux patient(e)s infecté(e)s (filière séparée des patientes enceintes non-COVID-19).
  • Les patientes de l’étude (approuvée par comité d’éthique) ont signé un consentement éclairé préalable et ont porté un tablier plombé sur l’abdomen inférieur et le pelvis lors du scanner.
  • Un protocole low-dose a été utilisé avec une dose moyenne CTDIvol de 4.1 ± 0.9 mGy (environ 8 mois et demi d’irradiation naturelle).
  • La gravité de l’atteinte et la datation approximative de la phase de la maladie ont été évaluées.
  • 15 femmes enceintes entre 23 et 40 ans et entre 12 et 38 semaines de grossesse ont été incluses avec tests RT-PCR positifs, 11 ont accouché pendant l’étude (10 césariennes, 1 accouchement par voie basse), 4 étaient encore enceintes à la fin de celle-ci .
  • 3 patientes présentaient des co-morbidités (thalassémie et diabète gestationnel, remplacement bi-valvulaire, placenta praevia complet).
  • Les signes cliniques présentés étaient ceux décrits classiquement pour tous les patients COVID-19 (fièvre, toux, fatigue, myalgies, dyspnée, maux de gorge, diarrhées). Deux patientes étaient asymptomatiques (anamnèse de contact épidémiologique). Une patient a présenté une brève fièvre du post-partum. Toutes les patientes de l’étude ont présenté une forme légère du COVID-19, sans syndrome de détresse respiratoire aigu.
  • Une lymphopénie et une CRP élevée étaient présentes chez la majorité des patientes.
  • Sur les 11 nouveau-nés, aucun cas de mort ou d’asphyxie néo-natale n’a été constaté; les scores d’Apgar à 1 et 5 minutes étaient normaux pour tous.
  • Pour les 11 patientes parturientes, une oxygénothérapie par lunette nasale à oxygène, un traitement pré-accouchement par antibiothérapie empirique et un traitement antiviral en post-partum ont été administrés.
  • Pour les 4 patientes encore enceintes en fin d’étude, une oxygénothérapie par lunette nasale à oxygène et un traitement par antibiothérapie empirique sans traitement antiviral ont été administrés.
  • Sur 6 patientes ayant eu un scanner avant et après accouchement, 4 avaient une diminution de la sévérité de l’atteinte, 1 une stabilité et 1 une aggravation.
  • Toutes les patientes ont eu une évolution clinique, biologique ± scanographique favorable.
  • 3 des 10 césariennes (sur 11 accouchements) ont eu lieu entre 34 et 36 semaines de grossesse, car un traitement antiviral était jugé nécessaire au plus vite pour l’évolution de la maladie chez les mères.
  • L’accouchement par voie basse de l’étude montre qu’il existe un rôle potentiel pour les accouchements naturels chez les patientes enceintes avec forme clinique légère de COVID-19.
  • Selon une étude du Lancet, il n’y a pas d’évidence de transmission verticale du SARS-CoV2 contracté en fin de grossesse.
  • Durant le traitement des patientes de l’étude, il n’y a pas eu de rechute ou d’aggravation soudaine des symptômes pulmonaires imputable à l’accouchement ou à la grossesse.
  • Les RT-PCR quantitatives sont revenues négatives en fin de traitement pour une évolution de la maladie de 16 jours.
  • Une étude récente montrant le passage d’ARN viral dans le sang des patient(e)s COVID-19, les données de cet article sont à confirmer sur des cohortes (patientes enceintes, nouveau-nés) plus conséquentes.

Auteur: Dr Benoît Rizk
Contributeurs: Dr Amine Korchi, Dr Georgios Sgourdos, Dr Hugues Brat

Références:

Pregnancy and Perinatal Outcomes of Women With Coronavirus Disease (COVID-19) Pneumonia: A Preliminary Analysis
https://www.arrs.org/downloads/ajr/pregnancy-Perinatal-Outcomes-Women-COVID-19.pdf

Clinical characteristics and intrauterine vertical transmission potential of COVID-19 infection in nine pregnant women:
a retrospective review of medical records.
https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)30360-3/fulltext

Severe Acute Respiratory Syndrome Coronavirus 2 RNA Detected in Blood Donations
https://wwwnc.cdc.gov/eid/article/26/7/20-0839_article?deliveryName=USCDC_333-DM25050